Introduction

Le décolletage est né dans l’Arc jurassien. Il puise ses origines dans les tours de potier et les tours à bois, dont le mouvement circulaire constitue le principe de base. Son industrialisation est liée à l’avènement de l’horlogerie. Elle débute véritablement en 1872 lorsque M.Schweitzer de Bienne met au point le premier tour doté d’une poupée mobile, pour la fabrication des viroles de spiraux de montres.

En 1880, Nicolas Junker s’établit à Moutier pour y améliorer et créer en série des tours « à décolleter ». Dans son sillage la Société Industrielle – manufacture d’horlogerie voit le jour et occupe jusqu’à 500 ouvriers et produit près de 40'000 montres par an à la fin du XIXè siècle.

Les fabricants de machines de Moutier deviendront vite célèbres dans le monde entier pour la précision des tours automatiques à poupée mobile (swiss automatics). Et nous sommes tous directement et indirectement concernés par les pièces produites par ces machines conçues à l’origine pour fournir les composants pour l’horlogerie. Le décolletage est un procédé d’usinage par enlèvement de copeaux, permettant de réaliser des pièces en partant de barres ou de fil métallique. Dans une montre mécanique, entre pignons,axes ou vis, etc. on trouve plus de 100 pièces décolletées.

 

Au fur et à mesure de l’évolution industrielle, les tours automatiques pour le décolletage seront développés permettant de produire les composants mécaniques pour l’horlogerie traditionnelle, pour l’industrie automobile,  l’aéronautique, l’aérospatiale, le médical, l’électronique, l’électroménager, la connectique, le machinisme agricole, le bâtiment, les travaux publics, l’armement, l’industrie électrique et nucléaire, etc.

Le Musée du Tour Automatique et d'Histoire de Moutier réserve une place essentielle à ce type de machines qui a fait partie de l'histoire de cette ville. D'autant plus que de tout temps, une concurrence acharnée a cherché à fabriquer ce genre de machines de précision, copiées plus tard dans le monde entier. 

L’ambition du Musée est non seulement de proposer ses collections au public, mais de maintenir le lien avec ceux et celles qui ont travaillé toute leur vie à la construction de ces machines. Les témoignages filmés viendront enrichir le patrimoine du Musée.

Ces dernières années, le remarquable travail de bénévoles-mécaniciens (retraîtés) que sont Michel Jobin, Martial Häberli, Jürg Kummer, Georges Monnier, Jean-Louis Schlup et Walti Hürlimann a permis à des dizaines de tours automatiques, dont la rareté n'a d'égal que la particularité de leurs destins respectifs, de retrouver de leur superbe passé.

Ces machines restaurées nous racontent chacune une histoire étonnante, entre autres par les prouesses technologiques réalisées pour le développement de ces machines depuis la fin du 19è siècle. Aujourd’hui, les témoignages des hommes qui ont consacré leur vie au développement et à la production nous révèlent avec passion une époque  qui a marqué et marque encore l’histoire industrielle de Moutier et l’essor de l’industrie horlogère suisse.

Des témoignages filmés d’anciens collaborateurs du domaine industriel

Les témoignages d’anciens collaborateurs du domaine, déclinés sous la forme de narrations filmées au cours desquelles ces derniers racontent leurs souvenirs les plus marquants. Cela peut concerner des brèves d’atelier, des souvenirs de voyages professionnels voire même d’apprentissage ou encore des expériences vécues avec tel ou tel modèle de machine exposé.

 

Les buts de cette démarche sont multiples : ces témoignages apportent un éclairage supplémentaire, plaisant, vivant et direct à la matière exposée dans les parties technique et historique. Le Musée du Tour Automatique et Historique de Moutier dispose d’archives photos et de films (inédits) remarquables qui permettent de découvrir cet univers industriel depuis les années 1880  jusqu’à nos jours.  

Le monde des entreprises prévôtoises était vaste et il est tout à fait concevable que les témoignages recueillis puissent aussi bien concerner des souvenirs de collaborateurs  ayant œuvré pour telle ou telle fabrique concurrente mais à des postes variés et à des responsabilités totalement différentes :

 

  • Vendeurs ayant parcouru le Monde et ayant connu des « tranches de vie » peu communes au contact d’autres cultures, dans des rapports privilégiés et des contextes particuliers. Témoins directs du rayonnement de industrie suisse au niveau international.

  • Mécaniciens mandatés à l’étranger pour mettre en train, réparer, monter et/ou démonter les machines dans le contexte d’une foire ou à toute autre occasion. 

  • Dessinateurs expliquant les aléas de leur quotidien en positif comme en négatif, mécaniciens, décolleteurs et polymécaniciens narrant sans économie leurs expériences au sein des équipes de production, leurs rapports avec la hiérarchie ou – mieux encore – avec les figures quasi historiques des pères fondateurs (H. Mancia, W. Mégel, A. Bechler, les fils Pétermann etc.)

  • Les anecdotes plus « légères » telles que des brèves d’ateliers, traduisant l’atmosphère qui y régnait et que nos muettes machines ne sauraient traduire ni transmettre sont également autant de perles narratives à récolter.

  • Les incidences des conjonctures bonnes comme moins bonnes sur la ville et sur la vie à Moutier. Les périodes fastes comme les coups durs qui ont marqué ces témoins de l’histoire industrielle prévôtoise.

Au cours des longs et fructueux échanges avec les mécaniciens bénévoles, lesquels ne tarissent pas de témoignages aussi divers que multiples à propos de leurs carrières professionnelles, nous percevons distinctement la chance de cet  apport patrimonial et l’impératif devoir de saisir cette manne pendant qu’il en est encore temps. 

Des archives, des films inédits

Le Musée dispose d’archives documents et photos ainsi que des films inédits qui nous permettent de suivre l’évolution des savoir-faire au cours du temps. La qualité de ces documents est exceptionnelle. Associés aux archives de la RTS, ils nous permettront de contextualiser les témoignages. 

En immortalisant ces témoignages qui, en devenant pérenne constituent un fonds inestimable pour les générations présentes et futures. Construit par thèmes le film raconte de petites histoires et témoignages traduisant la vie quotidienne et les considérations d’alors. Elles sont les histoires avec un « h » minuscule qui permettent d’éclairer de manière plus humaine et directe les facettes évanescentes de  l’Histoire « avec un grand H ».

De surcroît, il s’avère que ce sont précisément ces récits qui sont le plus souvent voués à disparaître dans l’oubli collectif, a contrario d’une certaine Histoire -dite officielle- qui traverse logiquement les générations et se fige de manière inexorablement sommaire et incomplète dans les livres et les couloirs des musées. 

 

Dans un registre plus pédagogique, les métiers variés ayant trait à la thématique que nous affectionnons particulièrement ont également beaucoup changé durant les dernières décennies, voire - pour certains – littéralement disparus. L’écho de cette science ou plutôt de ces sciences perdues ou en voie de disparition, avec l’apparition des nouvelles technologies, est aussi précieux et digne de pérennisation que les « tranches de vie » évoquées plus haut.  

Les témoins de ce passé s’érigent inconsciemment en portes paroles de ceux qui se sont tus, qui n’ont pas désiré figurer dans ce projet par pudeur ou que nous n’avons pas eu l’occasion d’aborder pour diverses raisons. Ce document est dédié à l’ensemble des travailleurs ayant oeuvré durant ces périodes, chronologiquement proches de nous mais en même temps si différentes qu’elles doivent désormais être dévoilées au grand public. 

BIOFILMOGRAPHIE 

Né le 28.07. 1951 à Porrentruy, Jura Suisse, Bertrand Theubet a écrit et mis en scène divers spectacles au cours de sa scolarité dont une adaptation (1969) du « Meilleur des mondes » d’après Aldous Huxley. Des courts-métrages et autres films d’essais seront réalisés en 8 mm. 1971-1972 formation (TSR) de monteur-film avec Ulla Ryghe, (cheffe-monteuse de Ingmar Bergman). Jusqu’en 2017 collabore à de nombreux films et émissions de la Télévisions Suisse romande. Dès 1975, auteur et metteur en scène de théâtre, signe trois créations à Genève :  avec le Théâtre Mobile, et le Théâtre de la Ville.  Dès 1979 assistant–réalisateur en particulier avec: Jean-Luc Godard (Passion), Jacques Doillon(Mr.Abel), Michel Soutter (Adam et Eve), Raymond Vouillamoz (Wozzeck). 

 

Dès 1982, réalise et produit de nombreux reportages, documentaires et fictions, en Suisse et à l’étranger pour les magazines Temps Présent, VIVA, Mise au Point, etc. En 1998, avec l’écrivain/scénariste Bernard Comment, réalise – Le Pied dans la Fourmilière – doc 52 min. Depuis 1998, produit et réalise La Finale des Combats des Reines en direct d’Aproz.

 

Les thèmes dominants de la filmographie sont : la relation à l’histoire et en particulier aux mythes helvétiques. De la survivance de la sorcellerie aux grandes épopées alpestres vues à travers les blocs erratiques, un billet de banque comme révélateur de la fourmilière suisse, la bataille des bains publics à Genève, ou Gulliver visitant le peuple Suisse en 1964 (Expo nationale) dont l’enquête sociologique fut censurée par l’Etat, le Jura et son combat pour l’indépendance, etc.

FILMOGRAPHIE (films principaux)                                           

 

1973 L’Enemy - doc.52’-Sorcellerie dans le Jura                       

1980 Fragments d’un travail doc. 45’ Claude Stratz - metteur en scène

1980 Les Troyennes (Euripide) - fiction 60’ d’après la m/s de Claude Stratz

1985 Le Phoenix et le Dragon doc. 60’ - Un chœur et une messe en Chine

1986 La Frontière - fiction - une histoire de contrebande tournée en patois de l’Ajoie (Jura)

1988 Le Cri du Lézard LM fiction 90’ - d’après une nouvelle d’Alexandre Voisard

1991 Pierres Fétiches doc. 52’ - Nicolas Faure, photographe

1992 Claude Goretta, cinéaste des vies rêvées - doc. 45’ avec Michel Boujut

1993 Tziganes, les parias de l’Europe doc. 52’ - journaliste Irène Challand

1995 Cinéma Retrouvé doc. 60’ co-auteur Michel Boujut

1998 Le pied dans la fourmilière doc. 52’ co-auteur Bernard Comment - ARTE - « Les mercredis de l’histoire »

1998 Les Secrets de Gulliver doc. 52’ - co-auteur Gaspard Lamunière

1998 Bains des Pâquis, paradis sur Léman doc. 52’

1999 Les chimistes de l’apartheid doc. 52’ journaliste Jean-Philippe Ceppi 

1999 Berlin, sur les traces du mur doc. 26’ -journaliste Massimo Lorenzi

2000 Un roi à Versoix doc. 26’ 

2001 Fric, Afrique et Sida doc. 52’ journaliste Alec FEUZ (prix du Jury festival Media Nord Sud)

2001 Les Culottes de la gloire doc. 52’ journaliste Gaspard Lamunière

2002 Les Raisins de la Colère doc. 52’ journaliste Gaspard Lamunière 

2003 Sur la Route 66 doc. 26’ journaliste Massimo Lorenzi

2004 Jura, la Loi du plus Fort doc. 52’

2006 Les 100 ans de la Concordia de Vétroz - doc. 6x26’

2012 L’Alpiniste et le Prophète doc. 52’ - Nietzsche et son œuvre musicale, co-auteur Jean-Luc Bourgeois

2015 Portrait de Jean-Jacques Lagrange - 30’                       

2015 Portrait de Jean-Louis Roy - 30’                                         

2017 Ici c’est Moutier - doc 70’ (Moutier vote pour son rattachement au Jura)

2020 Les Héros du Tour - LM doc 85’ (des ouvriers retraîtés restaurent d’anciennes machines-outils à Moutier)

 

En préparation :

Du Sud des Alpes à la Sierra Madre - LM doc. La Fanfare du Loup à Cuba

Le Testament de Nietzsche film doc. 90’    

Ferdinand de Saussure - L’homme qui aimait les langues, film doc. 52’

© 2020 Maxime Theubet